10.06.2017, 00:01  

La betterave suisse est en péril

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L’industrie sucrière helvétique recense 5000 producteurs de betteraves.
Par Rachel Richterich

Hausse du prix des semences et fin des quotas dans l’UE menacent les cultivateurs.

La nouvelle est passée presque inaperçue hier. Syngenta vend sa production de semences de betteraves à sucre à une société danoise, DLF Seeds. D’apparence anecdotique, ce fait suscite quelques préoccupations du côté des producteurs suisses de betterave sucrière. «Chaque concentration d’une activité sur un petit nombre d’acteurs nous cause du souci. Dans ce cas précis, nous risquons de devoir...

La nouvelle est passée presque inaperçue hier. Syngenta vend sa production de semences de betteraves à sucre à une société danoise, DLF Seeds. D’apparence anecdotique, ce fait suscite quelques préoccupations du côté des producteurs suisses de betterave sucrière. «Chaque concentration d’une activité sur un petit nombre d’acteurs nous cause du souci. Dans ce cas précis, nous risquons de devoir payer plus cher pour nos semences», explique Josef Meyer, président de la Fédération suisse des betteraviers (FSB). Ceux-ci se fournissent exclusivement à l’étranger, «la recherche sur de nouvelles variétés est trop complexe pour être développée pour un marché aussi petit que la Suisse», explique-t-il. Or, la branche est déjà en proie à de graves inquiétudes.

En cause, un changement de réglementation dans l’Union européenne (UE). Jusqu’en 2016, Bruxelles imposait des quotas de production à ses pays membres et l’addition de ces droits de production permettait à l’UE de s’auto-approvisionner à hauteur de 95%. Ces quotas tomberont cet automne, «la production devrait augmenter de 15 à 20%», estime Josef Meyer. L’excédent poussera de facto l’UE à devenir un exportateur de sucre, augmentant la pression sur les producteurs helvétiques.

Débouché attrayant

Car «la Suisse demeure un débouché de premier rang pour le sucre européen», signale Josef Meyer. Ce en raison des faibles droits de douane pratiqués: elle ne prélève que 8 francs pour 100 kilos de sucre importé, c’est peu comparé aux 42 francs pour 100 kilos prélevés par les membres de l’UE aux pays tiers. La Suisse représente aussi de faibles coûts de transport en raison de sa situation géographique, ce qui en fait le marché le plus attrayant hors UE pour le sucre européen bon marché.

Le pays abrite aussi quelques clients de choix, comme le producteur de boissons énergisantes Red Bull. Il exploite, en Suisse, l’une de ses deux usines mondiales, où il utilise un quart de la production sucrière helvétique. «Sur les 250000 tonnes de sucre produites chaque année, 80% sont achetées par des grossistes», qui vont l’utiliser pour fabriquer du chocolat, des biscuits et d’autres préparations industrielles. Des clients tentés d’acheter du sucre européen bon marché, «même si le label Swissness nous aide un peu» (réd: il exige que, pour qu’un produit puisse être estampillé suisse, au moins 80% de matières premières qui le composent proviennent du pays). Les chiffres d’affaires de l’industrie sucrière ont déjà reculé à 201 millions de francs sur l’exercice décalé 2015/2016, contre des ventes de près de 240 millions un an auparavant.

Sursis de trois ans

Avec la fin des quotas, la situation s’est aggravée et prend les contours de la crise des producteurs de lait. «C’est tout à fait comparable.» La pression sur les prix est telle que dans son rapport de gestion, Sucre Suisse SA, qui exploite les usines d’Aarberg et de Frauenfeld constate une motivation «insuffisante» des agriculteurs suisses à continuer de produire des betteraves sucrières. Pour l’heure, l’industrie sucrière helvétique recense 5000 producteurs de betteraves, auxquels s’ajoutent les 250 collaborateurs des usines d’Aarberg et de Frauenfeld.

Trois pistes sont explorées pour tenter de pallier la situation. D’une part, des programmes d’économies sont mis en place, «non seulement au sein des usines de Sucre Suisse SA, mais aussi chez les agriculteurs». Ensuite, la branche cherche aussi à se distinguer de ses concurrents européens en produisant davantage de sucre bio ou répondant aux exigences du label durable IP-Suisse, «des produits plus écologiques, avec une vraie plus-value».

Enfin, l’impulsion doit aussi inévitablement venir des sphères politiques. «Nous entretenons des discussions nourries avec l’Office fédéral de l’agriculture», note Josef Meyer. Sans oublier l’initiative parlementaire déposée par le conseiller national fribourgeois Jacques Bourgeois, visant à relever le niveau de protection douanière du sucre, mais toujours suspendue à une décision de la commission de l’économie du Conseil des Etats.

En attendant, la FSB maintient ses propres quotas pour la production helvétique. «Nous avons aussi constitué un fonds de réserve pour soutenir les producteurs, lorsque Bruxelles a évoqué pour la première fois la fin des quotas il y a trois ans», explique Josef Meyer. «Mais si rien ne se passe et si l’UE ne réintroduit pas de nouveaux quotas, nous estimons que d’ici trois à cinq ans, il n’y aura plus du tout de production de betteraves sucrières en Suisse», craint Josef Meyer.


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