22.05.2017, 00:01  

Un raz-de-marée de oui pour la LcAT et l’énergie

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Un raz-de-marée de oui pour la LcAT et l’énergie

 22.05.2017, 00:01   Un raz-de-marée de oui pour la LcAT et l’énergie

Par STéPHANIE GERMANIER

RÉSULTATS - Les deux oui sont clairs. Les Valaisans sont 72,8% à avoir plébiscité la LcAT et 63% à avoir accepté la stratégie énergétique fédérale.

L’ampleur du score a surpris tout le monde.

C’est une véritable ovation que les Valaisans ont réservée dimanche à la loi cantonale sur l’aménagement du territoire (LcAT) puisque 72% d’entre eux ont accepté le projet qui vise à réduire la surface des zones à bâtir dans le canton. Un plébiscite inattendu lorsqu’on sait qu’ils étaient près de 80% à avoir refusé la mouture fédérale il y a quelques années. Un succès d’autant plus fulgurant, qu’aucune commune du canton n’a...

L’ampleur du score a surpris tout le monde.

C’est une véritable ovation que les Valaisans ont réservée dimanche à la loi cantonale sur l’aménagement du territoire (LcAT) puisque 72% d’entre eux ont accepté le projet qui vise à réduire la surface des zones à bâtir dans le canton. Un plébiscite inattendu lorsqu’on sait qu’ils étaient près de 80% à avoir refusé la mouture fédérale il y a quelques années. Un succès d’autant plus fulgurant, qu’aucune commune du canton n’a refusé le projet (voir carte ci-contre). Preuve pour le désormais ex-conseiller d’Etat Jean-Michel Cina qui l’avait ficelé «que les Valaisans ont compris que les communes avaient besoin d’outils concrets pour gérer leur territoire. Alors qu’ils étaient presque dans la même proportion à dire non à la loi fédérale, ils ont fait la différence entre les buts visés par ces deux votations.»

Un plan directeur avant l’été

Même satisfaction du côté de Jacques Melly, qui a repris l’aménagement du territoire du ministre à la retraite et qui devra désormais l’appliquer. «Je suis fier de voir que la population s’est montrée très mature. Les Valaisans ont fait leur propre analyse et ont décidé de suivre le gouvernement. Ce score nous donne la légitimité d’aller de l’avant», se réjouit le conseiller d’Etat. Et ce dernier de dévoiler le calendrier du plan directeur que le canton doit soumettre à Berne. Le dossier retourne tout de suite en mains du gouvernement qui présentera, avant l’été, une première mouture du plan directeur au Grand Conseil. Les débats débuteront en fin d’année, certainement en décembre, et la version finale du plan devrait être soumise aux autorités fédérales pour approbation en mai 2018. «Tout cela afin que nous soyons en ordre avec Berne en mai 2019», ajoute Jacques Melly.

Défaits, les opposants – l’UDCVr en première ligne et des privés à l’image du promoteur immobilier Narcisse Pannatier – dénoncent, eux, une campagne déséquilibrée. «Ce résultat est à l’image du rapport de force durant la campagne. Tous les partis étaient contre nous», commente Grégory Logean qui relève le faible taux de participation de 42%. «Au final, ce sont les 125000 abstentionnistes qui ont choisi.» Et le chef du groupe de l’UDCVr au Grand Conseil de mettre en garde. «C’est dommage que le peuple n’ait pas saisi l’occasion de montrer la direction dans ce dossier. Car il ne pourra pas le faire sur le plan directeur qui sera uniquement traité devant le Grand Conseil. Et cette phase-là sera moins indolore que ce vote de principe.»

Des solutions pour indemniser

Quant à Narcisse Pannatier, l’homme qui avait défrayé la chronique à coups d’affiches publicitaires imputant directement la hausse des suicides en Valais à ce projet de loi, il jure qu’il continuera son combat personnel. «Nous serons là et nous sommes persuadés que des solutions existent pour indemniser au mieux les personnes qui seront lésées par les dézonages. Nous avons déjà envoyé une lettre informelle au Conseil d’Etat pour proposer, par exemple, que communes et canton puissent octroyer des crédits d’impôts à certains propriétaires.» Et ni lui ni l’UDC n’imputent leur défaite à l’image choc de la petite fille qui pleurait la mort de son père utilisée durant la campagne. «Les Valaisans ne se sont apparemment pas sentis concernés par les drames que vivent certains d’entre eux», commente Narcisse Pannatier qui assure qu’il sera là pour rendre le Parlement attentif au sort des propriétaires. «Nous avons lancé des appels pour créer des groupes de témoignages. Les autorités verront ainsi que les drames que nous dénonçons sont bien réels.» Grégory Logean renvoie, lui, les partisans de la LcAT à leurs promesses. «On nous a dit qu’il était possible de sauver en tout cas 1000 hectares du dézonage. Nous attendons les partisans là-dessus comme sur leur intention d’assurer un bon équilibre entre la plaine et la montagne.» STéPHANIE GERMANIER

La fin du nucléaire, c’est grâce à lui qu’elle avait commencé

Alors que les Suisses ont accepté la loi sur la Stratégie énergétique 2050 à près de 58%, ce sont 63% des Valaisans qui ont dit oui au projet. Il faut dire que ce dernier a un petit quelque chose de valaisan. Car la fin du nucléaire, que le oui d’hier vient définitivement de sceller, est née, en partie, sous la main de Roberto Schmidt, nouveau conseiller d’Etat valaisan chargé des finances et de l’énergie. «C’est vrai, je suis assez fier aujourd’hui, en tant que ministre cantonal, que le peuple a confirmé l’orientation prise il y a maintenant quelques années lorsque j’étais parlementaire fédéral», commente le Haut-Valaisan.

Tout a commencé en 2011. Dans la précipitation et le chaos. En mars, l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, relançait le débat de la sortie du nucléaire en Suisse. La conseillère fédérale PDC Doris Leuthard avait pris tout le monde de cours en annonçant, quelques jours seulement après le séisme, sa volonté de se passer de l’énergie nucléaire en Suisse.

C’est, par la suite, Roberto Schmidt qui avait signé la motion qui déclenchait les hostilités devant le Parlement fédéral. Intervention concertée avec la gauche et les milieux écologiques qui avait permis à Doris Leuthard d’ébaucher la Stratégie 2050. Une stratégie tricotée et détricotée avant qu’elle ne soit combattue par une partie de la droite du pays, l’UDC surtout, qui avait lancé le référendum.

«J’espère maintenant que tout ne va pas s’arrêter là, surtout dans la perspective de la situation difficile dans laquelle se retrouvent nos barrages, commente encore le ministre valaisan. Dimanche, les Suisses ont entériné le fait que le pays allait se passer du nucléaire, mais surtout le fait que l’énergie hydraulique devient le premier pilier des énergies renouvelables qui devront palier la fermeture des centrales nucléaires le moment venu. Mais ça ne suffira pas», précise Roberto Schmidt.

Le deuxième paquet du «plan de sauvetage» des barrages, ou plutôt des forces hydroélectriques, débute d’ailleurs dans quelques jours sous la Coupole, le 29 mai très exactement. Sera notamment discutée durant ces débats, la possibilité de créer un fonds alimenté par les sociétés électriques qui permettrait de dédommager les producteurs lorsque le prix du kilowattheure est plus bas que celui du marché et de redistribuer la cagnotte lorsqu’il est supérieur. Une recette défendue par les cantons alpins qui espèrent, ainsi, atténuer les distorsions du marché dues aux subventions massives pour les énergies dites sales, dans les autres pays européens.

«Et je serai là pour entamer le round sur ce deuxième paquet de mesures», explique Roberto Schmidt qui ne passera le témoin à son successeur, Thomas Egger, que le 14 juin. «Je vais profiter de ces prochains jours pour faire un gros travail de lobby auprès des parlementaires», continue le ministre valaisan de l’Energie au moment de boucler la boucle. Stéphanie Germanier

 

De Gletsch à Saint-Gingolph, une unanimité rare sur le territoire

L’image est rare. Pas de zone rouge. Pas de barrière de la Raspille. Et presque pas de demi-mesure au moment de dire oui.

Toutes les communes valaisannes ont accepté la loi cantonale sur l’aménagement du territoire. Toutes sans exception et dans des proportions étonnantes pour une votation pourtant jugée à haut risque en raison du caractère hautement émotionnel du scrutin qui touchait à la propriété.

Si les oui les plus forts se concentrent dans le Haut-Valais – c’est la commune d’Inden qui emporte la palme avec 93,8% d’avis favorables – le Valais romand n’a pas joué les timides au moment de donner son avis. A Collonges, 83,3% des habitants ont déposé un oui dans l’urne, 80,2% à Finhaut ou 80,9% à Miège.

C’est la commune d’Hérémence qui s’est montrée la plus frileuse en n’acceptant la LcAT qu’à 53%, un score qui s’explique, peut-être, par le fait que l’enfant du pays, Grégory Logean, était le principal opposant au projet du gouvernement. Dorénaz fait juste un peu mieux avec 58,8%.

Les résultats tout aussi étonnants dans les communes touristiques ou dans celles où l’on sait déjà que les dézonages seront massifs. Dans la zone rouge du futur plan directeur, Anniviers a pourtant accepté à 69,6% la loi. Tout comme Evolène qui s’est prononcé dans le même sens à hauteur de 58,6%. Nendaz (70,3%), Mont-Noble (68,2%), Veysonnaz (74,7%) ou encore Crans-Montana avec 74,3% ont fait le même choix, souvent emmené par leurs présidents qui réclamaient qu’enfin soient édictées des règles claires pour qu’ils puissent gérer leur territoire.

Sans surprise, le résultat des villes et de la plaine. Sion a dit oui à 77%, Martigny à 71,7% et Monthey à 73,1%.

A noter que, sur les 90 951 votants, 1749 ont rendu un bulletin blanc et 968 un bulletin nul. sg/pf

 

PASCAL FAUCHÈRE
RÉDACTEUR EN CHEF ADJOIN

Un Valais responsable

C’est un véritable plébiscite. La population a dit oui à plus de 72% à la révision cantonale de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire. Une adhésion renforcée par l’unanimité inattendue des communes valaisannes. Après avoir été le seul canton à refuser la LAT à plus de 80%, le Valais adopte massivement son application cantonale quatre ans plus tard, malgré la forte abstention du jour. Un signe de maturité et le geste d’une grande responsabilité citoyenne. Même les régions fortement touchées par les dézonages ont compris les risques et cette impérieuse nécessité de se doter d’instruments législatifs dans la volonté d’atténuer au mieux le choc de la loi fédérale. Les bases légales étant posées, le premier enjeu va se situer au niveau cantonal. Les autorités peuvent désormais mettre en œuvre la solution d’urbanisation prévue dans le plan directeur qui sera soumis au Grand Conseil. Les discussions politiques porteront notamment sur l’opportunité de donner une marge de manœuvre – souhaitable – aux communes à faible potentiel de croissance. Avec un nouvel écueil: le potentiel affaiblissement du plan proposé… Passé ce cap, l’enjeu se situera à l’échelon local avec la capacité des communes à définir le fameux périmètre d’urbanisation. Les administrations devront disposer des ressources nécessaires pour ces démarches complexes et très émotionnelles. Au canton de les accompagner et de surveiller le travail en cours. Autrement dit, éviter de répéter les erreurs commises durant ces quarante dernières années. Les Valaisans veulent une gestion plus raisonnable et coordonnée du territoire. Ils l’ont clamé hier.


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